Voulez-vous
sortir du monde pour aller dans la solitude ? défaites-vous promptement de tout
ce qui peut encore vous attacher au siècle : distribuez vos biens aux pauvres,
car, pour les vendre, il vous faudrait du temps; donnez-les surtout aux moines
qui sont pauvres, afin qu'ils unissent leurs prières aux vôtres, et que vous
puissiez obtenir la grâce d'embrasser dignement la vie solitaire. Prenez
ensuite votre croix, et portez-la en accomplissant fidèlement tous les devoirs
que vous impose la sainte obéissance. Soutenez courageusement le fardeau que
vous vous serez vous-même imposé en renonçant d'une manière parfaite à votre
propre volonté : Venez et suivez-moi, et je vous conduirai à ce bienheureux
repos, à cette sainte familiarité et à cette ineffable union avec Dieu, et je
vous enseignerai les exercices et la manière de vivre des puissances
célestes.
Or, comme les anges ne se lasseront jamais pendant les siècles éternels de
chanter les louanges de Dieu; de même une personne qui est entrée dans le
paradis de la solitude, ne cessera de célébrer la gloire de son créateur, de
son bienfaiteur. Les pures intelligences ne se mettent pas en peine des besoins
corporels, puisqu'elles n'ont point de corps; les hommes qui sont, pour ainsi
dire, sans corps, quoique avec un corps, ne conservent aucune inquiétude sur
leurs nécessités corporelles. Les anges n'ont que faire de prendre de la
nourriture, et les religieux dans la solitude la prennent sans sentiment de
plaisir. Les anges méprisent l'or et les richesses, et les solitaires à ce
mépris ajoutent encore le mépris des persécutions que leur font les démons. Les
esprits célestes ne sont point touchés ni émus par l'amour des choses visibles,
et les anachorètes, dont le corps est sur la terre, mais dont le cœur est dans
le ciel, sont également insensibles à toutes ces choses : toute leur estime et
toute leur affection sont pour les biens célestes.
Les anges feront toujours des progrès dans l'amour de Dieu, et les solitaires
ne cesseront pas de marcher sur leurs traces. Les béatitudes célestes
n'ignorent pas que leurs progrès dans l'amour de Dieu augmentent leurs
richesses et leurs trésors, et les anachorètes savent fort bien qu'ils
croissent dans la grâce de Dieu, à mesure qu'ils croissent en amour pour Lui et
en ferveur.
Enfin ces fervents religieux ne s'arrêteront jamais, mais feront tous leurs
efforts pour parvenir le plus qu'ils pourront à la perfection des séraphins, et
n'auront de repos que lorsqu'ils seront devenus eux-mêmes de nouveaux anges.
Heureux celui qui espère de jouir d'un si grand bonheur ! Mais trois fois
heureux celui qui, devenu ange dans le ciel, y possède le bonheur pour lequel
il soupirait avec tant d'ardeur sur la terre !
saint Jean Climaque : L'Échelle sainte
« Du repos sacré du corps et de l'âme, ou de la vie érémitique et solitaire » (О священном безмолвии души и тела/ XXVII)
