Ô belle vertu ! ô la plus belle des vertus ! dis-nous, nous t'en
supplions, dis-nous : Où tu mènes paître tes chères brebis, où tu prends
ton repos pendant les ardeurs du midi ? (cf. Cant 1, 7). Éclaire-nous !
répands sur nous ta divine rosée, dirige-nous, conduis-nous et tire-nous
enfin à toi; car nous désirons ardemment monter jusqu'au palais que
tu habites. Tu commandes à toute chose, tu règnes sur tout; mais tu as
blessé mon cœur (cf. Cant 4, 9); je ne peux plus contenir les ardeurs
dont tu l'as embrasé, et je brûle du désir de vous louer; je vous dirai
donc : Tu domines sur la puissance de la mer, et, quand il te plaît, tu
adoucis et calmes le mouvement et la violence de ses flots; tu humilies
et tu brises les superbes dans leur orgueil, comme des hommes percés de
traits; et par la force de ton bras, tu as dispersé tes ennemis (Ps
88, 9-10), et tu as rendu invincibles ceux qui t'aiment. Que ne m'est-il
donné de te contempler, comme le saint patriarche Jacob put le faire,
lorsque tu étais appuyée sur cette échelle mystérieuse qu'il vit ! Ah !
aimable charité, daigne te rendre favorable à ma prière, apprends-moi,
s'il-te-plaît, dans quel état je dois être pour pouvoir monter sur cette
échelle et arriver jusqu'à toi ? quel est le moyen qu'il me faut
employer pour cela, quel est le prix et quelle est la récompense que
mérite la personne qui t'aime, et qui, pour monter cette échelle dont
les échelons sont autant de vertus, les arrange et les dispose dans son cœur avec une grande activité ? Je désirerais encore savoir quel est le
nombre de ces échelons, et combien de temps il faut pour parvenir au
dernier. Jacob, qui lutta autrefois avec un ange et qui mérita de voir
cette échelle, nous a bien dit quels sont ceux qui doivent nous conduire
pour y monter; mais il n'a pas voulu, ou plutôt pour parler plus
correctement, n'a pas pu nous apprendre quelque chose de plus sur ce
mystère. Après donc que j'eus parlé de la sorte, il me sembla que la
charité se montra à moi du haut des cieux et fit entendre ces paroles à
mon âme : Tant que tu ne seras pas délivré de la prison de ton corps, il
ne te sera pas possible, malgré ton amour pour Dieu, de voir et de
contempler les traits de ma beauté : contente-toi donc de savoir que
cette échelle, au haut de laquelle tu me vois appuyée, te marque par ses
échelons l'ordre et l'enchaînement des vertus, ainsi que vous l'a dit
ce grand homme qui, dès son vivant même, fut initié dans les mystères de
Dieu; car c'est lui qui t'apprend qu'à présent ces trois vertus, la
foi, l'espérance et la charité demeurent et sont nécessaires; mais que
la charité est la plus excellente des trois (1 Co 13, 13).
mercredi 23 décembre 2020
degré XXX, XXXVIII
« De la réunion des trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité » (О союзе трех добродетелей, то есть о вере, надежде и любви./ XXX
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