Au nom du Père, et du Fils
et du Saint-Esprit !
Aujourd'hui, l'Église Orthodoxe honore les Quarante Martyrs de Sébaste. Selon le Typikon, seulement deux offices avec polyéléos sont célébrés en semaine pendant le Grand Carême : pour la Première et Deuxième Invention du Chef de saint Jean Baptiste et pour les Quarante Martyrs.
Mais en quoi se distinguaient ces quarante soldats qui servaient aux confins de l'Empire romain, dans la lointaine Arménie ? Pourquoi l'Église, dix-sept siècles plus tard, conserve-t-elle leur mémoire avec autant de clarté, comme si l’exploit de leur martyre datait d’hier ?
Saint Basile le Grand dit de cette glorieuse armée de quarante hommes : « Dans des corps séparés il y avait, pour ainsi dire, une seule âme ; unis dans l’harmonie et l’unanimité de la foi, ils firent preuve de patience dans les tourments, d’une égale fermeté dans la vérité. Ils sont tous semblables, tous égaux en esprit, et égaux en exploit, c’est pourquoi ils sont jugés dignes d’une même couronne de gloire. »
En effet, le courage, la force d’âme, la patience, la foi ardente et la fidélité envers Dieu manifestés par les Martyrs de Sébaste, méritent les plus vifs éloges. Mais d'autres saints possédaient également toutes ces qualités. De plus, le courage et la patience des soldats, endurcis lors des exercices militaires et des combats, n’étonnent pas autant que ceux dont ont fait preuve des femmes et des enfants martyrisés pour le Christ. Pourtant, il y avait dans les actes héroïques de ces glorieux guerriers quelque chose qui les distinguait de tous ceux qui, eux aussi, ont souffert pour le Christ.
Pour mieux comprendre ce « quelque chose », penchons-nous sur la vie ordinaire de tout guerrier. Les siècles passent, les époques changent, les outils militaires s'améliorent, mais le service d'un soldat moderne, comme la vie d'un simple guerrier de la légion romaine antique, se déroule au rythme des mêmes exercices, entrainements et campagnes militaires. Le quotidien du soldat a toujours été dur et ascétique. Et parmi les divertissements militaires et les consolations, le plus innocent et agréable, était sans doute de prendre un bon bain, après une campagne épuisante de marche dans le rude hiver ou par mauvais temps, d'offrir un bref repos et une douce chaleur au corps, de savourer le pouvoir guérisseur des bains, de ressentir à nouveau la vigueur, la fraîcheur, la joie et la force de la jeunesse.
Et les tortionnaires inventent le supplice le plus insidieux pour les Martyrs de Sébaste : ils les jettent dans un lac glacé, et sur la rive, ils chauffent un bain public pour ceux qui, incapables de résister à la tentation, renieraient le Christ. L'un d’eux y succombe, et bien qu'il n'ait pas succombé aux promesses de grade, de plaisirs et d’autres biens qu'il ne connaissait pas, il ne put se résoudre à renoncer à ce plaisir familier et habituel. Le bienheureux saint Augustin dit que nous « devons profiter de ce monde, mais pas s’en délecter ».
Même les plaisirs les plus innocents et simples peuvent devenir destructeurs s'ils commencent à nous posséder (1 Cor. 6, 12). Selon le plan de Dieu, l'homme a été créé pour jouir du Créateur puis de la création, mais depuis la Chute, il a appris à jouir de la création puis du Créateur.
Dans l'exemple des Quarante Martyrs, nous voyons que l’épreuve la plus difficile pour eux fut la tentation d’un plaisir habituel. Celui qui ne put supporter la tentation devint un traître. L'habitude du plaisir s'avéra si forte en lui que, sous les yeux de ses camarades, non seulement il les trahit, mais il trahit aussi le Christ, pour Lequel ils souffraient tous. Il fait d'abord un pas hésitant, puis un autre, puis il court, brûlé par le regard de ceux qui l’observaient. Mais, n'ayant finalement pas trouvé le plaisir, il y trouve la mort. Et à sa place, un autre prend sa place, parmi les gardes, afin de restaurer la plénitude des Quarante Saints Martyrs.
Nous venons de vivre le milieu de la Sainte Quarantaine, lorsque l'Église établit la vénération de la précieuse Croix du Seigneur. Saint Macaire d'Optino disait que l'amour de Dieu se reconnaît dans la Croix, et non dans la douceur des consolations. Par le jeûne, nous renonçons non seulement aux plaisirs coupables - auxquels nous devons résister à tout moment - mais aussi aux consolations innocentes, afin de fortifier et d’éduquer notre volonté. Durant ce temps, nous nous mettons à l'épreuve : maîtrisons-nous nos passions et nos addictions, ou est-ce elles qui nous dominent ? Et si nous tournons vers Dieu toutes nos aspirations et nos désirs, voyant en Lui seul la source de joie, alors il ne nous est pas difficile de renoncer aux autres plaisirs.
Mais le problème, c'est que même pendant le Grand Carême, nous nous accordons une multitude de petites indulgences et consolations, nous justifiant par notre faiblesse et l'insignifiance des écarts. Pendant ces quarante jours de jeûne, comme les Quarante Martyrs, si ce n’est dans de l'eau glacée, nous sommes cependant placés dans des conditions où nous devons renoncer aux consolations habituelles, qui ne sont pas nécessairement liées au péché. Et c’est précisément l'innocence et la familiarité des plaisirs qui deviennent la tentation la plus puissante pour ceux qui n'ont pas appris à se maîtriser, et qui transforment la joie offerte par le Créateur en plaisir amené par la création.
Saint Basile le Grand enseigne : « Ce n’est pas celui qui manque du nécessaire qui est patient, mais celui qui, ne cédant pas à la faiblesse des plaisirs, se maintient dans la fermeté face à l’adversité. » Et le monde contemporain, avec ses tentations qui se multiplient chaque jour, nous offre une merveilleuse opportunité, au milieu d'une mer de plaisirs les plus divers et accessibles, de faire preuve de patience en les négligeant et en témoignant de la fidélité à Dieu, en lui offrant tout notre amour qui n'a pas été gaspillé dans les plaisirs, afin de recevoir en retour une source inépuisable et intarissable d'Amour divin.
Amen.
Sermon de l'évêque Pitirim (Tvorogov), de Skopine et Сhatsk prononcé le 22 mars 2012 pour la fête des Quarante Martyrs de Sébaste.
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Во имя Отца и Сына
и Святого Духа!
Сегодня Православная Церковь чествует сорок Севастийских мучеников. Согласно Типикону, в будничные дни Великого Поста только дважды совершаются полиелейные богослужения — это Первое и Второе обретения главы Иоанна Предтечи и память сорока мучеников.
Но чем отличились сорок воинов, проходивших свое служение на окраине Римской империи, в далекой Армении? Почему Церковь по прошествии семнадцати веков хранит память о них столь ясной, как будто они только вчера просияли в лике мучеников?
Святитель Василий Великий говорит об этой славной сорокачисленной дружине, что у них «в раздельных телах была как бы одна душа, в согласии и единомыслии веры показали они терпение в мучениях, одинаковую стойкость за истину. Все подобны один другому, все равны духом, равны подвигом; посему и удостоены равночестных венцов славы».
Действительно, мужество, стойкость, терпение, пламенная вера и верность Богу, которые имели Севастийские мученики, достойны самой восторженной похвалы. Но всеми этими качествами обладали и другие святые. Более того — мужество и терпение закаленных в воинских упражнениях и боевых сражениях воинов не вызывают такого удивления, как те же мужество и терпение, которые проявляли мучимые за Христа женщины и дети. Но что-то было в подвиге этих славных воинов такое, что поставило их выше тех, кто также пострадал за Христа.
Чтобы приблизиться к пониманию этого «что-то», обратим свой взор на обычную жизнь любого воина. Проходят века, сменяются эпохи, совершенствуются воинские орудия, а служба современного солдата, как и жизнь простого воина в древнем Римском легионе, проходит в тех же воинских упражнениях, учениях и походах. Быт воина во все времена был суровым и аскетичным. А среди грубых воинских развлечений и утешений, пожалуй, самым невинным и приятным была после утомительного многодневного похода суровой зимой или во время ненастья принять хорошую баню, дать краткий отдых и приятное тепло телу, насладиться целительной силой водных процедур, вновь почувствовать бодрость, свежесть, веселие и крепость юности.
И изощренные мучители изобретают для Севастийских мучеников самую коварную пытку: отправляют их в ледяное озеро, а на берегу растапливают баню для тех, кто, не выдержав соблазна, отречется от Христа. И один из них не выдержал, и хотя еще совсем недавно не поддался на обещания чинов и неведомых ему удовольствий и благ, но не смог отказаться от знакомого и привычного наслаждения. Блж. Августин говорит, что мы «должны пользоваться сим миром, а не наслаждаться им».
Даже самые невинные и простые удовольствия могут оказаться губительными, если начинают обладать нами (1 Кор. 6, 12). Человек, по замыслу Божию, создан наслаждаться Творцом и пользоваться творением, но с момента грехопадения он научился наслаждаться творением и пользоваться Творцом.
На примере сорока мучеников мы видим, что самым трудным для них оказалось испытание привычным для них наслаждением. Тот, кто не выдержал испытания, стал предателем. Привычка к наслаждению оказалась в нем настолько сильной, что на глазах своих товарищей он предает не только их, но и Христа, за Которого они все страдали. Он делает сначала один неуверенный шаг, затем другой, а потом бежит, опаляемый взглядами в спину. Но, не получив наслаждения, обретает смерть. А на его место заступает другой, из числа стражи, чтобы восстановить полноту святой четыредесятницы мучеников.
Мы сейчас переживали преполовение святой Четыредесятницы, когда Церковь установила поклонение честному Кресту Господню. Преп. Макарий Оптинский говорил, что в кресте познается любовь Божия, а не в сладости утешения. Постом мы отказываемся не только от греховных удовольствий — им мы должны сопротивляться в любое время, — но постом мы лишаем себя и невинных утешений, чтобы укреплять и тренировать волю. В это время мы испытываем себя: мы ли властвуем над своими страстями и пристрастиями, или они над нами? И если все свои стремления и желания мы направляем к Богу, только в Нем видим источник наслаждения, то нам нетрудно отказаться от других удовольствий.
Но беда в том, что даже во время Великого поста мы позволяем себе множество маленьких послаблений и утешений, оправдываясь своей немощью и незначительностью преступлений. Все эти сорок дней поста мы, подобно сорока мученикам, поставлены, если не в ледяную воду, то в такие условия, когда нам необходимо отказаться от привычных утешений, не обязательно связанных с грехом. И вот именно невинность и привычность удовольствий становятся самым сильным искушением для тех, кто не научился властвовать над собой и наслаждение Творцом обращает в наслаждение творением.
Свят. Василий Великий учит: не тот терпелив, у кого нет необходимого, но тот, кто, не имея недостатка в наслаждении, продолжает терпеть бедствие. И современный мир с его умножающимися каждый день соблазнами дает нам прекрасную возможность посреди моря самых разнообразных и доступных наслаждений показать терпение в пренебрежении к ним и засвидетельствовать верность Богу, принося Ему всю свою не растраченную на удовольствия любовь, чтобы в ответ получить неиссякаемый и неисчерпаемый источник божественной Любви.
Аминь.
Проповедь произнесена 22 марта 2012 года.
Проповедь епископа Питирима (Творогова), Скопинского и Шацкого в день памяти Сорока Севастийских мучеников

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